Fiche théologique pour adultes

Le langage symbolique de ce récit

Ce récit est très semblable en de nombreux points à d'autres récits mésopotamiens de Déluges ; il fait le constat que l'homme, dans sa liberté, sa fragilité, est enclin au mal, à la violence, au péché. Mais, contrairement aux récits babyloniens, il montre que Dieu ne peut se résoudre à laisser proliférer la méchanceté et la corruption, à laisser " submerger " l'humanité par le mal et la violence. Et, d'une façon spécialement imagée, ce récit va raconter comment le mal est noyé, pour que puisse vivre une humanité nouvelle, une humanité recréée (le vocabulaire employé rappelle les récits bibliques de Création), une humanité avec laquelle Dieu fait Alliance.

L'auteur de ce récit (comme dans Gn 2 & 3) nous présente un Dieu qui réagit comme un père avec ses enfants ; à la façon des hommes, il change d'idées, se repent de ce qu'il a fait… D'autres récits, d'autres auteurs présentent Dieu de façon beaucoup moins humaine, moins "anthropomorphique" (voir ce sujet dans la rubriqueChez les théologiens contemporains ").

Les récits mythiques

Les récits du début du livre de la Genèse font partie des textes que l'on désigne scientifiquement sous le titre : récits de type mythique. Avant leur lecture, il est bon de préciser le terme "mythe" car le langage populaire l'emploie pour dire que quelque chose est faux, ce qui est une très mauvaise définition.

Dans les civilisations anciennes, le mythe est un procédé d'expression (orale ou écrite) utilisé par les hommes pour dire comment ils comprennent leur situation par rapport au monde, aux dieux et aux autres hommes. Cette compréhension s'exprime à travers une histoire exemplaire qui englobe l'humanité, le monde et le (ou les) dieu(x). Le caractère exemplaire de cette histoire est marqué par le fait qu'elle est racontée dans un temps hors du temps qui représente tous les temps, un temps des origines. Ainsi l'homme est manifesté dans son universalité et non situé dans une histoire particulière : un récit de type mythique est donc par essence non historique. Il ne cherche pas du tout à décrire telle ou telle phase de l'histoire humaine. Son équivalent moderne serait l'abstraction ou la métaphysique. La vérité d'un récit de type mythique repose non sur la matérialité de l'histoire qu'il raconte mais sur ce qu'il révèle de la place de l'homme dans le monde et par rapport à Dieu.

François BROSSIER,
La Bible dit-elle vrai ?, Editions de l'Atelier, Paris 2000

Formation du récit du déluge

En Israël, il y avait deux manières de raconter le déluge. Ces deux récits ont été mêlés et ajoutés à l'histoire des commencements de l'Humanité.

- Le premier date du 10e siècle avant JC. Il est de la même main que le récit de la création (Gn 2), de la chute (Gn 3), de Caïn et d'Abel (Gn 4). Il appelle Dieu " Yahvé ". Le déluge dure 40 jours. Noé fait monter dans l'Arche 7 couples de tous les animaux purs et 2 couples de tous les animaux impurs. Une colombe portant un rameau d'olivier annonce la décrue des eaux. Le déluge se termine par un sacrifice agréable à Dieu. (Gn 6,5-8 ; 7,1-5 ;  7,7-9 ; 7,10 ; 7,12 ; 7,17b-22-23 ; 8,2b-3a ; 8,6-12; 8,13b.20-22).

- Le second récit date du 5e siècle avant JC. Il est de la même main que le poème de la Création (Gn 1-2,4a). Il appelle Dieu " Elohim ". Le déluge dure 150 jours. Noé fait monter dans l'arche un couple de chaque espèce. Ce récit se termine par l'arc-en-ciel, signe de l'Alliance de Dieu avec la terre.

Albert HARI & Charles SINGER,
La Nouvelle Bible Illustrée,
Édition Du Signe (avril 2000)