Fiche pour adultes

Epître aux romains Rm 8,14-17

Frères, tous ceux qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu.

L'Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c'est un Esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l'appelant : « Abba ! ».

C'est donc l'Esprit Saint lui-même qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.

Puisque nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers ; héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ, si nous souffrons avec lui pour être avec lui dans la gloire.

Bible de la liturgie, Copyright AELF - 1980 - 2006 - Tous droits réservés

Liturgie

Liturgie orthodoxe : « Bienheureux Abraham, tu les as vus, tu as reçu la divinité une et trine ».

Liturgie catholique : « Un seul Dieu, un seul Seigneur, dans la trinité des personnes et l’unité de leur nature » (Préface).

Patristique

« Trois hommes se tiennent debout près d’Abraham. Abraham les voit tous les trois, mais il n’en adore qu’un seul, et il le confesse son Seigneur. L’Ecriture affirme : ils étaient trois à se tenir debout près de lui ; cependant le patriarche sait bien qui il doit adorer et confesser. L’aspect des trois hommes qui lui font face est identique, mais Abraham reconnaît son Seigneur avec les yeux de la foi et le regard du cœur [...].

Celui qu’Abraham adore et confesse promet qu’il reviendra l’année suivante à la même époque : alors Sara aura un fils. Dieu avait annoncé un fils à Abraham, et voilà que cet homme qui est là, devant lui, nous fait maintenant la même promesse ! Seul change le nom de celui qui promet ; la foi d’Abraham, elle, ne varie pas. Il voit un homme, et pourtant il l’adore comme le Seigneur, car il pressent le mystère de l’incarnation future. Cette foi extraordinaire d’Abraham n’a pas manqué d’attestation : le Seigneur lui-même l’a déclaré dans l’évangile : Abraham, votre père, a tressailli de joie à la pensée de voir mon jour. Il l’a vu et il s’en est réjoui. (Jn 8,56) [...]

Les manifestations du Fils dans l’Ancienne Alliance préfigurent le mystère du dessein sauveur de Dieu qui brillera dans l’Evangile : ce que le patriarche voit et croit, c’est ce que l’apôtre contemple et proclame. L’Ancienne Alliance est l’ébauche des réalités à venir (Héb 10,1) ; l’apparence prise par cette ébauche annonce la vérité de l’incarnation future [...]. Dans un homme, Dieu se laisse voir, confesser, adorer, lui qui, à la plénitude des temps, sera engendré dans un homme. Pour se montrer à Abraham, il assume une forme humaine qui préfigure ce qu’il sera réellement un jour [...]. Il apparaît tel qu’il naîtra; tel qu’il était apparu, il naît. »

Hilaire de Poitiers
« Sur la Trinité », Livre IV n°25-27 Livre V n° 17
dans « Lire la Bible avec les Pères », tome 1, p.66-67

« C’est aujourd’hui que le père des nations, Abraham, s’accroît des héritiers promis. En sa race est bénie non plus la semence de chair, mais la transmission de la foi. »

Sermon de Saint Léon sur la Passion
Sources Chrétiennes n°74
Christs en croix romans
Zodiaque p.9

« Unité-Trinité parfaite en 3 personnes distinctes mais inséparables,
sans commencement et hors du temps,
totalement bienfaisante,
entièrement vivifiante, qui donne paix à tous,
qui a créé les êtres et façonné toutes choses ».

Grégoire de Narek

« Seigneur notre Dieu, nous croyons en toi, Père, Fils et Esprit-Saint. Car la vérité n'eût pas dit : " Allez, baptisez toutes les nations au nom du Père, du Fils et du St Esprit (Mt 28,19) ", si tu n'étais pas Trinité ».

Saint Augustin
Prière finale du De Trinitate

Gn 18 : « Il y a trois hommes lorsque Abraham va au-devant d'eux, il y en a un seul lorsqu'il adore. Ainsi du fait qu'il en ait vu trois, comme on l'a déjà dit, il a perçu le mystère de la Trinité ; du fait qu'il les adora comme ne faisant qu'un, il a reconnu dans ces trois personnes l'existence d'un seul Dieu. C'est à un seul qu'il parle en disant : « Arrête-toi chez ton serviteur ». II ajoute aussi, comme parlant à plusieurs hommes : « Que je prenne de l'eau, dit-il, pour vous laver les pieds. ».

Césaire d’Arles, Sermon 83,4

« Comme le soleil qui n'a jamais été sans lumière et sans chaleur, ainsi le Père n'a jamais été sans Fils et sans Esprit. Ce n'est pas la lumière et la chaleur qui produisent le feu, tu le sais, mais le contraire. Vois dans le feu, le Père ; dans la lumière, le Fils ; dans la chaleur, l'Esprit, et ce que j'ai dit du soleil est applicable au feu [...]. Toi qui dis que le Fils et l'Esprit n'ont pas toujours été avec le Père, examine le feu, la lumière et la chaleur, et dis-moi ce qui est le plus jeune ou ce qui est le plus vieux, qui a commencé et qui a suivi. Comme tu ne peux le démontrer par aucun argument, sache que pareillement, le Fils est né du Père et qu'avec lui il n'a pas de commencement, que le Saint-Esprit procède du Père, si bien que cette procession ne peut avoir jamais eu de début. »

Césaire d'Arles

Commentaires contemporains pour adultes

L’Écriture ne fait pas de comptes.

Les premiers chrétiens ont fait preuve de beaucoup d’audace en mettant en route la foi en la Trinité. Je dis « mettant en route », car il a fallu longtemps pour que cette foi trouve ses formules définitives. C’était aller à l’encontre du sens commun et cela semblait réinventer le polythéisme. Beaucoup de chrétiens ne pensent pas souvent à la Trinité, c’est-à-dire à Dieu lui-même. Quand nous imaginons Dieu comme une sorte de surhomme infiniment puissant, ou comme une force à laquelle rien ne peut résister, nous sommes en pleine régression vers les images spontanées et primitives du divin. Il a fallu toutes les Écritures bibliques pour nous faire passer du Dieu solitaire et monolithique au Dieu « société », communion, c’est-à-dire amour en lui-même. C’est cette générosité interne qui rend possible la création, à moins qu’on ne considère celle-ci sur le modèle artisanal du potier façonnant l’argile, image que la Bible utilise, explore et dépasse : c’est le Nouveau Testament qui nous donnera l’ultime révélation. Cependant, l’Écriture ne compte pas : jamais nous ne lisons « Dieu est trois ». La Trinité nous vient d’une réflexion des premiers siècles du christianisme.

Dieu Père, Fils, Esprit

Si nous ne trouvons pas dans nos textes « Dieu en trois personnes », par contre le Père, le Fils, l’Esprit sont souvent nommés. Citons, parmi tant d’autres textes, 1 Corinthiens 13,13, qui rassemble les trois en une seule formule : « La grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit soient avec vous tous ! » Ces trois « personnes » ne font qu’un. En saint Jean, nous entendons Jésus dire et nous redire : « Le Père et moi nous sommes Un ». Jean 14,9-10 récapitule bien tous ces textes. À Philippe qui demande à Jésus de leur montrer le Père, il répond : « Tu ne me connais pas, Philippe ? Qui m’a vu a vu le Père […]. Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? […] » Quant à l’Esprit, il est le souffle même de Dieu, la réalité par laquelle il se communique. Ce qu’il soufflera aux disciples ne sera pas sa propre parole. Envoyé par le Père au nom du Christ, « il vous enseignera toutes choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit ». Le Souffle porte la Parole et ne fait qu’un avec elle. Un peu comme pour nous quand nous parlons. L’envoi aux hommes du Fils et de l’Esprit de filiation est donc à la base de la réflexion ecclésiale sur la Trinité.  Le « dogme » est d’abord expérience des premiers chrétiens, des premiers croyants. Disons tout de suite que le fait de compter et de dire « Il est Trois » n’est pas sans signification. L’idée que nous nous faisons de Dieu en est transformée.

Tout est relations

La source de tout ce qui existe et que nous appelons Dieu est relations. Non pas des êtres déjà existants et établissant entre eux des ponts en un deuxième temps. Non ! La « substance » de Dieu, si l’on peut dire, est relation, échange. Il en résulte que l’univers entier est, à son image, relations. Je ne pourrais jamais dire « je » s’il n’y avait en face de moi un « tu » dont je me distingue. Voilà donc la différence entre les personnes. Mais qu’en est-il de l’unité, nécessaire à notre ressemblance divine ? Eh bien, quand l’Esprit est là, tous les « Je » deviennent un « Nous » et nous ne formons qu’un seul corps construit dans nos différences. Nous-mêmes sommes relations. Ce qu’il y a dans nos muscles nous vient du soleil, des sels minéraux, de l’eau et du feu. Et tout cela nous est donné dans la relation de notre père et de notre mère. Ce qu’il y a dans notre intelligence nous vient d’abord du contact avec nos parents, puis du langage, puis de nos lectures, de l’enseignement reçu, de la culture dans laquelle nous baignons. Nous n’existons que par ces liens noués avec les autres. Pour Dieu, nous disons Père, Fils, Esprit. Répétons que ces mots ne doivent pas être pris dans leur sens habituel : ils dépassent infiniment tout ce dont nous avons l’expérience

Marcel Domergue,
Croire aujourd’hui, pour le dimanche de laTrinité
11 juin 2006